Episodie et fièvre acheteuse

Publié le par Laurent Checola

Billet
Le flamboyant Mark Rein d'Epic Games, dans son dernier - last but not least - coup de sang, qualifiait sans ménagement le jeu épisodique de "broken business".

D'après lui, ce format ludique ne présente d'intérêt ni pour le joueur, ni pour le développeur : aucune entreprise n'investirait en publicité pour un jeu peu cher... D'autres sceptiques vont même plus loin, faisant du jeu épisodique la forme ultime d'un business plan agressif, une maximisation sans scrupule du rapport coût/distribution.

S'il faut en effet être très vigilant sur le contenu, doit-on pour autant condamner la forme ludique elle-même ? Dispose-t-on seulement de suffisamment d'éléments à charge ? Half Life 2 : Episode One est d'honnête facture. Il existe en revanche des contre-exemples. Dans son projet initial, Fahrenheit de Quantic Dream devait être un jeu à épisodes. Que dire de  sa version "longue" et définitive, délayage approximatif d'un complot fumeux ? Une narration en feuilleton aurait sans doute permis de corriger le tir. Il existe des romans fleuves, et des nouvelles. Il est absurde de dire que Balzac vaut mieux que Borges, car il a écrit plus de pages. Pourquoi cela est-il inconcevable pour le jeu vidéo ?

Par ailleurs - et nous donnons raison à Mark Rein -  le jeu épisodique pose instamment la question du coût, et brise le tabou du prix unique. Est-il légitime de verser 60 € pour un titre à la durée de vie limitée ? En aucun cas. Mais est-il légitime pour un joueur de se précipiter sur  des longs métrages, certes, mais simples suites sans intérêt ? Est-il plus indigne d'acheter l'énième épisode de Tomb Raider, ou Half Life 2 :  Episode 1 ?
 

Publié dans Vues subjectives

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