Wow, jeu-vidéo transgenre

Publié le par Laurent Checola

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Andun, magnifique créature elfique à la chevelure blonde et à la peau adamantine. Starmoon, elfe noire enigmatique, de niveau 60. Kaelsta, jeune humaine aux cheveux sombres et au regard pénétrant. Les terres d'Azeroth, sont riches de jeunes filles en fleur.


Le jeu a-t-il enfin rompu avec la barrière des sexes ? Le féminisme triomphe-t-il des archaïsmes machistes ? Rien n'est moins sûr, car de l'autre côté de l'écran, la réalité est toute autre. D'après Kathryn Wright, une psychologue officiant sur le site WomenGamers, 60 % des personnages féminins de World of Warcraft sont joués par des hommes. Ces chiffres sont corroborés par un sondage du site about.com, réalisé l'an dernier, portant sur environ 1000 personnes : 66 % des sondés avaient confirmé cette forme d'hermaphrodisme.


Il est facile d'invoquer des raisons psychologiseantes pour justifier ce changement ludique de sexe. De l'hermaphrodisme à « l'herma-freudisme », il n'y a qu'un pas. Les joueurs masculins, pris dans l'euphorie collective du monde persistant, éprouveraient le syndrôme dit « de Lara Croft ». Le plaisir du joueur n'est plus dans l'incarnation du personnage, mais dans la mise à distance d'avec soi et la contemplation de l'altérité.


Pourtant, sans évoquer ces lunes, c'est souvent par simple pragmatisme que les joueurs masculins se conduisent de la sorte.


If you come out in World of Warcraft it doesn't matter. Who cares? You can be gay, straight, transgender. What matters is whether you can swing a sword. It's pure MMO capitalism,


explique avec cynisme Brenda Brathwaite, dont l'ouvrage Sex in Video Games sort à l'automne. Diriger un personnage féminin comprend tout simplement des avantages. Les avatars féminins se font plus facilement remarquer, et sont couverts de cadeaux divers, comme des épées ou des armures. La féminité est donc la forme ultime du darwinisme ludique.

Publié dans Modes

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