Anti-jeu

Publié le par Laurent Checola

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Que reste-t-il de la subversion en matière de jeu vidéo ? Peu de chose. Les dernières tribunes écornant le libéralisme vidéoludique se sont évanouies dans le torrent insipide de la communication ; et les journaux indépendants, longtemps garants de la liberté de parole, transformés en simple vitrine commerciale pour de grands groupes de presse ou d'édition.

La lutte est-elle pour autant perdue ? La subvention a-t-elle eu raison de la subversion ? Non car, la contestation vidéoludique prend une nouvelle forme. Quand les mots sont impuissants, le jeu vidéo (se) manifeste. Karl Marx l’a  d’ailleurs bien compris, lorsqu’il élabore son texte le plus célèbre en 1847. Le Manifeste du parti communiste n'est pas qu'un constat de la condition ouvrière, mais aussi et surtout, une exhortation à agir, une authentique praxis.

Il en va de même pour les sites vidéoludiques « alternatifs » qui, au lieu de se gargariser de beaux discours, préfèrent offrir au joueur une alternative en acte. Le collectif italien de la Molle Industria est un bon exemple de lutte. Les jeux en flash qu'ils proposent reprennent les codes de la sous-culture de masse, pour mieux les détourner. Les graphismes colorés ne sauraient détourner les jeux de leur objet : il s'agit de sensibiliser le joueur aux injustices engendrées par le monde capitaliste. Les différents jeux utilisent tous les procédés possibles. Dans Tamatipico, le principe d'indentification est convoqué, pourmettre le joueur en lieu et place d'un travailleur précaire, balloté de tâche en tâche. Avec the Macdonald's Videogame et son interface de jeu de gestion, le joueur est mis à distance de la chaîne de production, et prend conscience des dangers à tous les niveaux : à l'échelle macroscopique, comme microscopique.

Un autre site, n'existant pour l'instant qu'en mode beta, propose également une autre vision du jeu vidéo. Pour les auteurs de  Manifesto Games, il s'agit de dénoncer les principes mêmes de certains genres, et de réaliser l'anti-jeu ainsi imaginé. Que serait un RTS sans les principe fondamentaux de violence, et de pillage des ressources ? Le rédacteur en chef, Kieron Gillen, s'attache à multiplier les réponses possibles. Théoricien et praticien de la chose ludique, Kieron Gillen est à la presse spécialisée ce que Tom Wolfe est au journalisme.

Publié dans Modes

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