Le cinquième pouvoir

Publié le par Laurent Checola

Zoom

« Tout jeu est prosélyte », explique Jesper Juul, cité dans le Game Design des jeux vidéos. Un prosélytisme désesperément hégémonique, monolithique et univoque. Sanctuaire du libéralisme, le monde des consoles est perclus de présupposés économiques, sociétaux et culturels, que Microsoft, Sony et Nintendo n'oseraient pas remettre en cause. Devenu le premier loisir, le jeu vidéo deviendra -t-il aussi le plus éclatant représentant du soft power américain ?


Le modèle caricatural du héros blanc, triomphant, par sa volonté de puissance des forces ténébreuses venues de l'Ailleurs, est décliné à l'infini. Sans qu'aucun contrepoint ne vienne dessiner une vision du monde un peu plus complexe. Le jeu vidéo, premier média est dans une situation bien pire que les médias audiovisuels internationaux, où un équilibre par la concurrence a pu s'instaurer entre les américains et les pays arabes. Pendant que Fox News dispense la bonne parole de la Maison Blanche, Al Jazeera devient l'arme de communication des extremistes islamistes. Alors que la guerre de l'information est ouverte, la France échaffaude avec des moyens dérisoires un succédané contrepoint.


En matière de jeu vidéo, la lutte n'a jamais été aussi dissymétrique. Le « news-gaming », devient une tendance globale du jeu vidéo, qui a épuisé les recours fictionnels. Kuma War est un jeu à parution épisodique, proposant aux joueurs de simuler les événements marquants de l'actualité. De la Capture de Saddam Hussein, au bombardement de Bagdad, en passant par la mort d'Al Zarqawi. Des jeux comme Mercenaries 2, diffusés sur les nouvelles autoroutes de la communication – les consoles de salon - entérinent la vision américaniste du monde, assimilant le président vénézuelien Hugo Chavez à un dictateur.


Pour contrer cette propagande, des initiatives dissidentes se développent. Cet été, un groupe iranien d'étudiants a annoncé qu'il entendait produire un jeu vidéo patriotique. Le synopsis de ce jeu d'action est assez sommaire. Le héros, un soldat iranien, doit sauver un scientifique capturé par les Américains, qui participait au programme d'enrichissement d'uranium. Il s'agit bien d'un retournement de valeurs pur et simple, ou le héros traditionnel devient l'antagoniste, et réciproquement. C'est une véritable Intifada que mènent ces étudiants, disposant de peu de moyens.


Une telle initiative est-elle défendable ? Contribue-t-elle réellement à donner un autre point de vue sur le monde ? Au mieux, elle peut permettre, dans une certaine mesure, de réaliser la fonction cathartique que l'on peut attendre d'un jeu. Mais au fond, l'objet de la condamnation est toujours le même, puisque la forme reste strictement la-même, et seul change le contenu. Mais en matière de wargames, seule la stratégie du jeu de paix est  salutaire.

Publié dans Modes

Commenter cet article