Feu wargame

Publié le par Laurent Checola

Analyse
Les médias ont découvert avec stupeur et tremblement le jeu America's Army. Ce wargame, très similaire aux autres FPS du marché, a la particularité d'avoir été conçu par le Pentagone. Même la chaîne LCI, CNN à la française, d'ordinaire peu soucieuse de l'empiètement des prérogatives, a dénoncé à mots couverts les méthodes peu conventionnelles de l'armée américaine, et crié à la confusion des genres. Car il est immoral qu'un jeu, destiné à divertir, devienne un moyen d'appâter de jeunes adolescents. Et les journalistes d'user d'une rhétorique éculée : « les missions sont virtuelles, mais le joueur sera bientôt contacté par un sergent bien réel »...


Pourtant, la thèse séduisante d'un embrigadement par le loisir vidéoludique ne saurait se vérifier dans les faits. Avant d'être des cibles potentiels aux produits du gouvernement américain, les adolescents qui s'adonnent à ce loisir sont avant tout des joueurs. Signe particulier : un marché extrêmement difficile à pénétrer. Au point de faire de la communauté des joueurs une poche de résistance à l'invasion publicitaire traditionnelle.


Pour que les joueurs s'investissent massivement dans un titre, il faut qu'il dispose de qualités vidéoludiques intrinsèques. Ce qui est le cas d'America's Army. Des graphismes certes épurés, mais une utilisation des armes assez originale, et un mode carrière, qui apportent une réelle plus value aux autres FPS.


Ce n'est donc pas tant la propagande du gouvernement américain qu'il faut déplorer, que sa capacité à proposer un produit susceptible de valeur ludique. Les médias, qui découvrent l'existence sur internet de ce titre, ignorent par ailleurs que le jeu est également sorti sur consoles, au mois de février...


Doit-on craindre qu'en France, le Ministère de la Défense, fort de ce bon retour d'expérience, envisage également de développer un wargame ? C'est déjà chose faite... Mission défense est un ersatz de jeu de stratégie, aux graphismes dépassés, et à l'intérêt douteux. Avec un tel logiciel, on peut être certain que l'armée française n'emploie pas les mêmes méthodes que les Américains.

Publié dans Modes

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