Bons (re)pères de familles ?

Publié le par Laurent Checola

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Ni sexe, ni drogues, ni rock and roll. L'association Familles de France a entrepris d'établir un label sur les jeux vidéos, qui exclut a priori toute référence aux maux du siècle. La violence, le sexe, les stupéfiants, et l'  « atteinte aux bonnes moeurs », sont ainsi réprouvés, au nom de l'intérêt du public.


Notre objectif est de baliser le Jeux vidéo (sic), de lui donner ses lettres de noblesse, exactement comme tout autre sport est régi par des règles éthiques. La protection du joueur est notre préoccupation majeure, elle ne veut en aucun cas restreindre la créativité. Elle veut aider les familles à participer activement aux meilleurs choix pour leurs enfants.


Lit-on dans le rapport.


Il ne s'agit pas là de simples voeux pieux : Familles de France a déjà distribué les bons, et surtout les mauvais points. Take Two est aussitôt mis à l'index, authentique « éditeur voyou ». En distribuant Manhunt, et l'ineffable GTA, l'éditeur britannique est coupable « de choquer par la violence et la cruauté ». L'association, pour donner du crédit à son propos, sollicite même la presse spécialisée.


Très franchement, je suis moi-même resté un peu choqué par ce jeu et ses images très fortes. Je suis incapable d’y jouer plus de dix minutes sans avoir envie de vomir, pour vous dire la vérité.


Avait déclaré un journaliste « professionnel et passionné » de jeuxvideo.com.


GTA déroge également à toutes les catégories préétablies par l'association, notamment sur la question pornographique.


               

Ce jeu vidéo permet également de s’attaquer à des prostituées virtuelles qui                 proposent leurs services dans différentes rues du jeu. Le jeu vidéo pousse même le  vice jusqu’à inciter le joueur à tuer des prostituées pour récupérer leur argent. Pis, ce jeu vidéo, sans aucune vergogne, incite le joueur, dans certaines missions, à devenir proxénète pour obtenir le déguisement appelé « tenue de mac ».


Voilà comment un lobby sous représentatif et archaïque réduit, au nom de la morale et de la bienpensance, l'un des meilleurs titres sortis sur consoles et PC. Ce qui fait la qualité ludique de GTA, c'est sa dimension référentielle à une culture que des gérontes refusent d'intégrer. Il serait bon de rappeler à Familles de France que le droit français, en terme de liberté d'expression, n'est pas préventif, mais répressif. Il est donc vain de vouloir bannir a priori le sexe, ou la violence. C'est au cas par cas qu'il faut juger de la valeur ludique, et non morale, de chaque titre.


Par ailleurs, lorsqu'on voit quels titres ont eu l'insigne honneur d'accéder à la reconnaissance de l'association, il apparaît plus digne d'être de l'autre côté. Citons pêle-mêle : Animal Crossing, New Super Mario Bros, Nintendogs. On remarque également une sur-représentation des jeux de sport, comme s'ils constituaient l'essence polémique d'une classification. Des pans entiers de la sphère ludique sont ainsi exclus. Il est par ailleurs fort étonnant de remarquer que parmi la liste des « happy fews » figure David Douillet Judo, qui met en scène le célèbre « gentil géant ». N'y a-t-il pas là confusion des genres ?


Publié dans Modes

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