Atari aux larmes

Publié le par Laurent Checola

Le groupe sous-estime volontiers l'ampleur de son échec financier

Analyse

La dégaine un peu gauche, le crâne poli, le sourire aux lèvres... Bruno Bonnel, le PDG d'Atari, est-il à la finance ce que l'agent 47 est au crime? Une sorte d'orfèvre ou de maître du genre ?


Les faits semblent lui donner raison. En une seule année, sa filiale, qui était déficitaire, à hauteur de 25 millions de dollars, a renoué avec les bénéfices, pour atteindre 311 000 dollars. Aussitôt relayée par les médias, cette information laissait entrevoir un retour du géant, qui n'était que l'ombre de lui-même. Précision dans l'exécution, efficacité optimale. Le président d'Atari, après une période de déréliction était finalement réhabilité au panthéon des dirigeants.


"Les résultats présentés par Atari Inc traduisent la poursuite des effets positifs du plan d'actions mené par le groupe depuis début 2006, déjà sensibles sur le premier trimestre de l'exercice en cours", explique, jovial, un responsable du groupe.


Aucun journaliste financier n'a pourtant pris soin d'examiner ces chiffres, qui au lieu de confirmer le retour en grâce d'Atari, l'infirme. Les bénéfices réalisés ne concernent que la filiale américaine du groupe. En effet, Infogrames Entertainment, est la société mère du Groupe Atari, cotée à la Bourse de Paris Euronext et détient 2 filiales principales : Atari Europe, filiale non cotée, et Atari, Inc., filiale américaine elle-même cotée sur le Nasdaq.


Or, la part d'Atari dans le groupe Infogrames Entertainment est largement minoritaire : elle représente 37 % des activités, alors que l'Europe et l'Asie représentent 63 %. Derrière cet excédent d'Atari, savamment mis en scène, se cache donc l'échec financier d'Infogrames, dont le chiffre d'affaires a en réalité baissé de 14 %. Il était de 123 millions d'euros, contre 106 aujourd'hui.


Comme l'explique le journal le Figaro, le groupe fait preuve d'une certaine adaptation au nouveau marché vidéoludique. « La répartition du chiffre d'affaires par formats montre une montée en puissance des produits sur consoles nouvelle génération et portables (XBox 360, PSP, Nintendo DS, GBA) qui totalisent 48% du volume d'activité généré sur la période ».

Toutefois, les résultats sont largement dépendants d'une technologie bientôt caduque. 26 % du chiffre d'affaires d'Infogrames est réalisé avec la Playstation 2. Il devient donc impérieux que le transfert des joueurs soit total vers la Playstation 3.


La santé économique du groupe est donc toute autre que celle qui transparaît. Actions au plus bas ; actionnaires excédés, refusant de réunir le quorum du conseil d'administration ; luttes et compromis pour demeurer coté en bourse.


Pourtant, pour obtenir ces maigres résultats aux Etats-Unis, Bruno Bonnel a beaucoup désinvesti. La firme a réduit ses dépenses de 31%, et divisé les investissements dans la recherche et le développement de moitié. Elle a également multiplié les fermetures ou les reventes de licences (Driv3r) et de studios, comme ce fut le cas pour Shiny Entertainment.


Infogrames renonce également à repartir sur des bases plus saines. La stratégie des licences, maintes fois réprouvée, par la presse, comme par les joueurs, demeure d'actualité. La direction mise une fois encore sur la puissance salvatrice du bienheureux Dragon Ball Z... Atari, incapable de se renouveler, n'est plus une valeur sûre.

Publié dans Modes

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