Mondes persistants, des univers impitoyables

Publié le par Laurent Checola

Célébrés pour leur convivialité, les jeux en ligne massivement multijoueurs (MMO) regorgent aussi de vices, plus ou moins cachés


Analyse

Phantasme vidéoludique, World of Warcraft a conquis plus de huit millions de joueurs. Des graphismes colorés et un gameplay éprouvé, ont suffit à asseoir la réputation du titre de Blizzard. Une réputation que rien ne saurait ébranler, même les scandales qui minent le jeu. Le monde idéal de Warcraft, loin d'être un nouveau modèle de société parfaite, autorise une exploitation honteuse de la misère du monde, bien réel.


Le « farming », qui permet de récolter des objets, et d'accumuler de l'expérience est délégué à des joueurs de pays pauvres (Chine en tête), pour que les joueurs occidentaux puissent bénéficier d'un personnage des mieux parés.


Mais de tels errements ne constituent que peu de choses, en rapport à ce qui se trame dans Eve online, un autre jeu en ligne. Véritable soleil noir du genre, le titre de CCP est toujours demeuré dans l'ombre de son illustre concurrent. Eve online, c'est l'Eden des tricheurs, et des plus basses manoeuvres.


L'état de guerre permanent, théorisé par Thomas Hobbes, constitue la pierre d'achoppement de ce monde persistant. Les factions, extrêmement belliqueuses, se livrent à des guerres d'occupation sans merci, sous l'oeil bienveillant et ravi des concepteurs du jeu.


Bienveillant ? Désengagé ? Tel est l'objet d'une polémique, qui enfle dans les colonnes des forums éviens... Ce qui n'était initialement qu'une simple rumeur, est désormais étayé par les journalistes du site the Escapist. Des collusions entre les développeurs du jeu, et la plus puissante des factions, sont mises au jour. Les développeurs, qui sont également des joueurs de la faction, octroient facilement des armes, et des véhicules spatiaux, de grande valeur marchande.


Comment de tels abus ont-ils pu être révélés ? Grâce à un... hacker français, répondant au pseudonyme de « Kugutsumen ». S'agit-il là d'un élan de générosité, si rare dans l'univers d'Eve online ? Pas le moins du monde. Quand ce joueur a découvert les manoeuvres des développeurs, il enquêtait lui-même illégalement sur eux. Mercenaire de l'information, sa petite entreprise a pignon sur rue dans les forums.


Ses clients peuvent ainsi obtenir, par piratage, des données sur leurs adversaires. «L'anonymat de nos clients est garanti », assure le tract publicitaire. Eve online assure ainsi l'essor d'activité extra-ludiques et plus que jamais, la fin justifie les moyens.

Pour scandaleuse qu'elle soit, cette affaire n'est pourtant que la dernière en date. En septembre, un joueur avait contribué à la banqueroute du monde virtuel. Fondateur de la « banque intergalactique », il est parti avec la caisse, dès que celle-ci fut suffisamment renflouée. Montant du forfait : 700 milliards d'isks, la monnaie locale, soit plus de 100 000 dollars via e-bay...


Pensé comme un jeu où tout serait possible, Eve online est devenu un « serious game », un simulateur de corruption.

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