Seconde vie artificielle

Publié le par Laurent Checola

Dans un récent article,  le journal le Monde entend rendre compte de l'économie "florissante" de la simulation sociale Second Life. Blanchiement d'argent, prostitution, ou confection de vêtements, toutes les composantes de la production de valeur ajoutée sont analysées par la journaliste. Une telle étude, ne saurait pourtant rendre compte au juste des enjeux monnétaires et financiers à l'oeuvre dans la simulation. Au mieux, l'article du Monde n'est qu'un précis de micro-économie virtuelle ; au pire, ce n'est qu'une vision impressionniste, superficielle et racoleuse de cette réalité virtuelle.

Car pour nombre d'autres journalistes, principalement anglo-saxons, la conjoncture actuelle est loin d'être favorable à Second Life. La semaine dernière, Alana Semuels, du Los Angeles Times, décrivait le déclin progressif de l'univers virtuel, peu à peu vidé des plus grandes entreprieses. "Quatre ans après la naissance de Second Life, certains entrepreneurs pensent à deux fois dans le temps et l'investissement qu'ils doivent y fournir, explique Alana Semuels du Los Angeles Times. Pour étayer sa thèse, M. Semuels s'est simplement promené dans les contrées de la Seconde Vie, arpentant les sites, désespéremment vides, des entreprises.

Comment comprendre un tel constat ? La période estivale explique-t-elle la désaffection des serveurs de Second Life ? Ne s'agit-il pas plutôt de l'essoufflement d'un modèle,à la croissance démographique et économique surestimée ?

Des éléments structurels, peu abordés dans les précédents articles, semblent montrer que la « seconde vie » peut risquer la banqueroute. Linden Lab, le concepteur de la simulation, met volontiers en avant le nombre de nouveaux comptes créés. En à peine six mois, le nombre d'inscrits a plus que doublé : à peine plus de trois millions en janvier 2007, contre plus de 7, 7 millions en juin de la même année. Mais il ne s'agit là que du nombre de comptes, et non des véritables usagers de Second Life. D'après les propres statistiques de Linden Lab, seules 495 000 personnes sont des usagers "actifs ", c'est-à-dire passant plus d'une heure de jeu par mois. Alors que le nombre d'inscrits augmente, celui des résidents est entrain de décroitre depuis ces derniers mois : en mai, il y avait 508 000 résidents actifs, soit 2,5 % de plus qu'en juin.

Outre cette réduction de résidents effectifs, le Second Life Herald observe que la proportion d'usagers premium est elle aussi en diminution constante. En échange d'une contribution mensuelle de près de 10 dollars, les abonnés premium peuvent en outre accéder à la propriété de terres virtuelles. En septembre 2005, il y avait moins de 10 000 de ces usagers, contre près de 95 000 en juin. D'après le SL Herald, la proportion des usagers premium toujours supérieure à 25 %, passe pour la première fois en dessous des 20 % en mars 2007. Trop souvent décrit comme un monde pour les petits entrepreneurs, Second Life promeut surtout une économie de rente.

Une telle évolution socio-démographique pourrait avoir des conséquences économiques néfastes. Avec moins d'usagers actifs, Second Life devient de fait moins attractif, début d'un cercle vicieux économique. Les détenteurs de terrains virtuels, contraints de louer leurs propriétés à moindre prix, prendraient le risque d'être ruinés. Premier symptôme de la récession, Second Life pourrait devenir la première simulation de faillite virtuelle.

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