Recours particuliers
Billet
Clive Thompson, chroniqueur pour le très branché Wired, revendique avec l'ironie exquise et l'élégance de la préciosité le droit d'être absolument nul à Super Monkey Ball. Pire, il éprouverait un plaisir non dissimulé à se lover dans cet échec.
Simple délire monomaniaque ? Symptôme existentialiste de la mauvaise foi ? Non, car la science donne raison à Clive Thompson. Une récente étude d'un laboratoire finlandais tend en effet à démontrer que l'absence de réussite dans un jeu produit une certaine forme de plaisir ludique. Les chercheurs, qui ont mené une étude psyscho-physiologique du joueur de Monkey Ball, sont formels.
Il paraissait pourtant communément admis que l'idéologie sous-jacente du jeu vidéo est le mythe de la réussite, avec son regrettable corollaire : mépris de l'adversaire, devenu ennemi. Heureusement, il existe encore des joueurs nourris aux saines valeurs de la réussite, bafouant d'un revers de main la spirale de l'échec. Heureusement aussi, il existe des gens vivant à leur dépens pour exploiter leurs vices. C'est pourquoi, pour peu qu'ils disposent des moyens nécessaires, les joueurs amateurs pourront apprendre auprès des plus grands experts. Comme l'explique le Northwest Florida, il en coûtera aux apprentis joueurs entre 20 et 60 dollars de l'heure pour ces cours d'un genre particulier.
Ces pratiques n'ont pour unique but – penserait La Rochefoucauld - que de flatter l'égo, vanter la futilité paraître. Il faut prouver à autrui que l'on joue bien. De fait, les clients portent leur attention sur des jeux multijoueurs comme Halo 2 ou Super Smash Bros Melee.
Il existe une forme encore plus déviante de coaching vidéoludique, dont les MMO assurent le prosélytisme. Pour une poignée d'euros, le personnel d'un site de levelling pour World of Warcraft prend en main "votre" personnage, pour lui faire atteindre en quelques jours, le grade ultime du soixantième niveau.
« Sic » of it all. Peut-être vaut-il mieux retourner se lover dans l'ironie exquise et la maladresse précieuse.