Jeu occasionnel : la contre-addiction
Zoom
Un tapis verdasse à la texture grossière et granuleuse. Seules les cartes apparaissent sur le tapis, dans un minimalisme que n'aurait pas renié Malevitch. Nous sommes à mille lieux des casinos cosy monegaques et pour cause : il s'agit là d'un jeu dit « occasionnel ». Vous vous sentez bien Solitaire... De médiocre facture, et avec un gameplay simpliste, les nombreux logiciels qui entrent dans cette catégorie seraient un sous-genre, l'art mineur de cet art mineur qu'est le jeu vidéo.
Dans une formule un rien provocante, Gamasutra s'est pourtant demandé si le jeu occasionnel ne devait pas être réhabilité, se demandant s'il ne s'agissait pas là de « l'avenir du jeu vidéo ». Et d'évoquer le succès des jeux sur Nintendo DS, ou du X-Box Live Arcade, comme témoins de l'essor de ce genre mal-aimé. Pour l'univers PC, d'après Gamasutra, la démonstration n'est même plus à faire.
De multiples raisons sont invoquées pour expliquer le succès de ce genre mineur. Mais il en est une, essentielle, qui n'a guère été mise en avant. Si le jeu occasionnel plaît autant, c'est parce qu'il réalise le divertissement pur. Le jeu occasionnel, c'est l'utilitarisme ludique. C'est l'actualisation du non-travail. On joue au jeu vidéo « classique » par choix ; le nom du Solitaire est bien choisi, car on joue aux jeux occasionnels par besoin. Indépendamment des différents business plans, le jeu occasionnel a un avantage essentiel sur les jeux « traditionnels » : son plaisir salutaire, proche de la catharsis. S'amuse-t-on réellement dans un jeu d'aventure ? Il faut accomplir des missions, participer à l'évolution du personnage, et bien souvent, échouer, chercher pendant des heures. La frustration est la base du jeu traditionnel. Rien de cela avec Solitaire. Si bien entendu, le joueur peut échouer, il s'offre un retour à la base immémoriale du ludique : le bienheureux point and click.